Le FMS et l’éducation religieuse des enfants qu’il accompagne

Le Foyer Maurice Sixto (FMS) a été créé en 1989 par le Père Miguel Jean-Baptiste, un prêtre catholique du diocèse de Port-au-Prince.  Si le FMS est une institution d’inspiration chrétienne catholique, elle agit cependant à égalité envers tout enfant, sans distinction aucune des croyances religieuses. 

Dans le cadre des cours donnés dans son école, le FMS intègre une formation spirituelle pour les enfants.  L’enseignement religieux donné au Foyer vise à permettre aux enfants et jeunes qui sont de croyances différentes de vivre en harmonie les uns avec les autres. Chaque enfant et jeune qui fréquente le Foyer a la liberté d’exercer sans aucune contrainte sa propre religion. 

Seulement ceux et celles qui sont catholiques reçoivent une formation additionnelle sur la doctrine de l’Eglise catholique.  Cette formation est assurée  par le Frère Colbert Gracet, religieux de la communauté des Petits Frères de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et directeur de l’école. Des cérémonies religieuses  sont aussi organisées à des périodes spéciales.   Il  est aussi donné aux élèves mineurs qui le souhaitent la possibilité de faire leur première communion, après consentement de leurs parents. 

Dans ce cas, le Comité d’Appui, de Suivi et d’Encadrement (CASE), de concert avec les dirigeants du Foyer, planifient avec le Curé de la Paroisse Notre Dame d’Altagrâce sous la juridiction de laquelle se trouve le foyer,  la cérémonie de première communion. 

Cérémonie de Première communion à FMS en 2022

Le 12 juin 2022, une trentaine d’enfants et jeunes (16 filles et 14 garçons)  ont reçu pour la première fois le sacrement de l’Eucharistie. A cette occasion, plusieurs membres du personnel se sont mobilisés pour faciliter tous les préparatifs devant conduire à cette célébration, parmi eux l’appui  dans les démarches pour l’obtention des actes de naissance pour cinq enfants qui ne disposaient pas de ce document de base requis pour prendre part à la cérémonie.

Ce fut une grande joie pour tous les enfants et jeunes, leurs parents ainsi que  les membres du personnel qui ont pu accompagner ces enfants dans ce moment important de leur vie.

Camp d’été au FMS: Un moment de fête et d’apprentissage pour les enfants

L’été s’annonce, il fait chaud. Les élèves ont hâte d’aller en vacances.  Et pourtant, ils ne peuvent se passer du Foyer.  Cela fait plus de deux ans que le Foyer n’avait  pas organisé de Camp d’été pour causes de Covid 19, de Pays lock,  etc.

Cette année (2022), l’annonce du Camp d’été a été accueillie à cœur joie par les enfants. Le thème retenu: « Ann fòme tèt nou, pwoteje tèt nou, pandan n’ap amize n ». Il a été choisi par les organisateurs dans le but d’aider les enfants à faire face aux stress que génère la situation du pays. Il fallait faire quelque chose pour sauver les enfants et leur permettre de se recréer pleinement tout en apprenant.

Au menu du camp:  des ateliers de crochet, de macramé, de couture,  de broderie et de cuisine. Le tout couronné par des séances de danses, de musique, de jeux et d’animations, ainsi que des séances de formation autour d’un ensemble de sujets :  Principes et comportements responsables – Gestion de risques et désastres : comment se protéger ?  Droit des enfants à la Protection – Comment se mettre en valeur/ renforcement de l’estime de soi, etc.….

Une fois l’invitation lancée, les enfants et jeunes sont venus par groupe pour se faire inscrire. Ils ont amené avec eux des amis (es) du quartier, des sœurs et des frères, des cousins et cousines. Même après la première semaine, ils continuaient de venir tant l’activité était la bienvenue non seulement dans le Foyer, mais aussi dans le quartier.

Le camp d’été 2022 s’est déroulé dans une ambiance festive. Les principes ont été établis et les enfants ont collaboré pour les faire respecter. Les jeunes boursiers du FMS étaient présents chaque jour auprès des enfants pour aider dans la discipline, rendant ainsi plus facile la tâche des moniteurs et monitrices.

L’animation était au top et l’animateur s’est mis à chaque fois dans la peau des enfants. Le sourire était donc partout et la cour de récréation toujours très animée.   Les enfants ont joué aux jeux traditionnels tels que Saut à la corde, Marelle, Kay, Nidau, Damier ; ils ont dansé, ils ont chanté. Les journées du vendredi étaient encore plus festives.  Ce jour-là, des questions étaient posées sur le déroulement du camp, sur les sujets discutés afin de tester la curiosité intellectuelle des enfants et mesurer leur niveau d’apprentissage. A chaque fois, des primes ont été remis à ceux et celles qui ont fait preuve d’attention et ont répondu correctement aux questions posées.

L’horaire a été bien réparti en ce sens. Les enfants ont eu beaucoup de temps pour se recréer et en même temps pour apprendre. Chaque jour, chaque participant a pu bénéficier d’un repas lui permettant de garder son énergie. Chaque jour, c’était la fête au Foyer avec les cris joyeux des enfants. Les renvois sont toujours animés et les enfants ne veulent même pas rentrer chez eux.

Vivent les vacances !

Une ambiance de fête pour clôturer le camp d’été 2022 

C’est dans une ambiance de fête portée par plus d’une centaine de jeunes et d’enfants que le Foyer Maurice Sixto (FMS) a clôturé, le vendredi 5 août 2022, son Camp d’été déroulé cette année autour du thème «Ann fòme tèt nou, pwoteje tèt nou, pandan n ap amize n».  Le programme qui s’est déroulé entre le 4 juillet et le 5 août contenait des moments de loisirs, de réflexion sur des sujets qui concernent la vie des enfants/jeunes et des ateliers d’apprentissage en artisanat, cuisine, coupe, danses, musique.

Durant tout un mois, les enfants, les jeunes ont eu l’occasion de jouer, de s’amuser, de chanter, de danser, de partager des repas et d’apprendre ensemble. Ils ont pu partager des moments agréables, malgré les difficultés rencontrées, dans le respect mutuel et en toute convivialité. Les enfants et les jeunes ont appris à gérer les conflits sans recourir à la violence, à soigner leurs comportements et à être plus responsables. Ils ont aussi appris des stratégies à utiliser pour mieux se protéger en période de catastrophes naturelles ou face à des situations de violence.

Une belle exposition des objets préparés par les participant.e.s au camp  a précédé la cérémonie de clôture. Dans la grande salle qui sert généralement de réfectoire, tout était bien arrangé.  Chaque atelier avait un petit coin qui lui était réservé. L’odeur des plats exposés par l’atelier de cuisine n’a cessé de caresser l’odorat, et faire venir de l’eau à la bouche.

Le niveau de satisfaction était patent. Les enfants étaient plus que fiers de leurs travaux. Parents, visiteurs, professeurs et autres membres du personnel du Foyer…,  tous étaient éblouis par les travaux des enfants. « Les résultats seraient encore plus satisfaisants si la durée de l’activité n’a pas été assez courte»,  a  déclaré une monitrice.

Ils étaient 173 inscrits dont 85 filles. Tous se sont donnés à fonds pour cette clôture. Danses, poésies, théâtres, défilés, slam, chants, étaient au rendez-vous. C’est aussi dans la cérémonie de clôture que les prix ont été remis. Les deux équipes finalistes ont été récompensées. Il s’agit de l’équipe de macramé (vainqueur) et l’équipe de crochet (2ème) dont la professeure…, entraineuse aussi, a été un modèle tant par sa fougue que son dynamisme en faveur des enfants.

Cette cérémonie de clôture a été une ultime occasion pour ces enfants et jeunes de restituer, en peu de temps, les acquisitions faites au cours de ces quatre semaines qu’a duré le camp. Les différentes scènes d’animation ont prouvé comment ces jeunes, pour la grande majorité  des élèves du Foyer, ont largement profité de ce camp d’été qui, en fait, a été un espace de récréation, de création artistique et d’apprentissages de toutes sortes. On a été surpris par la qualité des prestations des jeunes et enfants qui, en un temps record, ont réussi leur initiation aux activités artistiques et aux jeux d’animation.

Les jeunes n’ont pas trouvé assez de mots justes pour exprimer leur appréciation sur la qualité du temps passé et des choses apprises ainsi que leur regret sur le temps qui s’est trop vite écroulé. Tous, ils ont opté pour la réédition de ce camp d’été.

Du début jusqu’à la fin, tout n’a été que joie en cette journée de clôture. Une joie qui a rassemblé tous ces enfants et jeunes autour d’une même table pour partager un dernier repas après la cérémonie.

Article rédigé par Myriam Cerisier, Travailleuse sociale à FMS

Un an depuis que le Père Miguel est parti.  Le FMS se souvient de lui !

Miguel Jean-Baptiste, prêtre de l’Archidiocèse de Port-au-Prince, est le fondateur du Foyer Maurice Sixto (FMS).  Il est parti le 11 juillet 2021 après une longue maladie courageusement supportée.  Tout au cours de l’année 2022, à travers une série d’activités socio-culturelles et religieuses, l’équipe  du Foyer a tenu à lui rendre un hommage bien mérité pour ce qu’il a fait pour les enfants d’Haïti, en particulier les enfants en domesticité.

Concours de textes et valorisation de la langue Créole

Père Miguel Jean Baptiste, durant sa vie, valorisait toujours la culture, l’histoire haitienne et surtout le Créole qui est la langue parlée par l’ensemble du peuple Haïtien. Il avait d’ailleurs fondé une association dénommée « Rasin Lakay » pour encourager des jeunes à mieux connaitre le pays.  Pour rester attachée aux bonnes valeurs  laissées par le fondateur, le 21 février 2022, journée Internationale de la langue maternelle, l’équipe de FMS (Encadrement et Direction de l’Ecole) a pris du temps pour parler aux enfants et jeunes de l’importance de la langue maternelle dans la vie d’un peuple.  Elle a encouragé les enfants et jeunes à mettre toujours en valeur le Créole qui est leur langue maternelle. A l’occasion, la Direction pédagogique du Foyer et le Comité d’Accompagnement de suivi et d’encadrement (CASE) ont organisé un concours de texte autour du thème : « Pè Miguel Papa tout timoun san fanmi yo » ou « Père Miguel papa des enfants sans familles ».  32 Enfants et jeunes (21 filles et 11 garçons) de la 4ème à la 9ème Année fondamentale de l’Ecole du Foyer ont pris part à ce concours.  Ils ont préparé des textes sur la vie du Père Miguel et les ont présentés aux élèves et le personnel le  25 février 2022, dans une activité tenue à la cafétéria. Un jury composé de deux(2) professeurs et d’un membre de  CASE ont donné leurs appréciations sur les textes. Après délibération,  les noms de quatre élèves ont été retenus comme gagnants au concours :  Lisner PETIT-FRÈRE, Shelbert OCTAVIUS, Shelove ANELUS et Adonai Shama ALEXIS. 

Plantation de deux arbres en souvenir du Père Miguel 

Le père Miguel avait à cœur le problème de déboisement d’Haïti. Il exprimait souvent le désir de voir le pays couvert d’arbres et le souhait que la terre d’Haïti  puisse nourrir ses habitants. Il avait un penchant très particulier pour les paysans. Il disait avec fierté qu’il est le fils d’un paysan et d’une paysanne. Il demandait aux gens d’être fiers de leur origine et de ne jamais l’ignorer, ni en avoir honte.  Au local du foyer, il a voulu qu’on organise des formations sur les techniques agricoles pour encourager les élèves à aimer l’agriculture et à cultiver la terre. 

Pour transmettre aux enfants cet amour du Père Miguel pour la nature, sous le leadership du Directeur de l’Ecole, le  Révérend Frère Colbert Gracet, les élèves ainsi que le personnel se sont mobilisés pour planter deux arbres  symbolisant la présence de Père Miguel au milieu d’eux. Ils ont pris le soin de choisir un endroit visible et sécuritaire sur le campus du foyer pour  placer ces arbres. Le 27 mai 2022, dans la matinée, après une séance de réflexion sur la vision du Père Miguel par rapport à la terre d’Haïti et l’importance des arbres, les élèves, aidés de membres du personnel,  ont creusé les trous et ont fait la mise en terre des plantules. Un quénaupier a été planté ainsi qu’un cèdre. Ce sont des arbres très adaptés à l’environnement de la zone et qui faisaient autrefois sa beauté et le bonheur des enfants qui aiment bien sucer les graines de quénèpes. Ensuite, plusieurs personnes ont pris la parole pour exprimer leur compréhension et admiration pour ce beau geste. 

Messe à l’occasion de l’anniversaire de décès du Père Miguel Jean Baptiste

11 juillet 2021 – 11 juillet 2022, un an depuis que le Père Miguel Jean-Baptiste, nous a laissés. Dans le but de marquer cet anniversaire, une messe a été chantée en  sa mémoire.  A cette occasion, des religieux et religieuses, membres de sa famille, anciens et nouveaux enfants du Foyer, parents d’accueil, membres du personnel du FMS et de la Clinique dentaire de l’institution,  se sont réunis à la Paroisse Notre-Dame d’Altagrace pour un moment de prière et de célébration eucharistique.

Après la cérémonie religieuse, les proches du défunt se sont rendus au cimetière des Petits Frères de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus  pour  déposer une gerbe de fleur sur son caveau. Ensuite, l’équipe s’est dirigée à la cafétéria du Foyer pour continuer la célébration de la vie du fondateur.  Des anciens du foyer, des élèves et  membres du personnel ont tour à tour pris la parole pour témoigner de leur expérience avec Père Miguel.  Pour la circonstance, des photos de différents moments de la vie du prêtre ont été exposées et/ou projetées.

Miguel Jean-Baptiste était considéré comme le Père des enfants sans familles.  Il a bien marqué sa présence au milieu de nous sur cette terre. Il avait toujours le mot qu’il faut pour soulager les souffrances, même dans les pires situations.  Sur son lit d’hôpital, malgré ses souffrances, il prenait toujours du temps pour prodiguer des conseils et faire des propositions utiles pour l’avancement  du Foyer et le bien-être des enfants.  Père Miguel  a  créé le Foyer Maurice Sixto (FMS) pour défendre les enfants, spécialement ceux et celles qui sont en domesticité. Il  a appris à l’équipe comment prendre soin des plus faibles et les mettre en confiance. C’était un vrai défenseur des droits de l’enfant! 

Père Miguel vivra toujours à travers le Foyer Maurice Sixto, cette œuvre pour les enfants d’Haïti qu’il a fondée et qu’il nous a confiée. 

PERE MIGUEL JEAN-BAPTISTE, FONDATEUR DU FOYER MAURICE SIXTO(FMS) NOUS A QUITTÉS

Le Père Miguel  Jean-Baptiste, prêtre de l’Archidiocèse de Port-au-Prince, directeur-fondateur du Foyer Maurice Sixto (FMS) est mort le dimanche 11 juillet 2021, suite à une longue maladie courageusement supportée.

Ses funérailles auront lieu le mardi 20 juillet 2021 à partir de 8h du matin en l’Eglise du Christ-Roi (Bourdon) où le corps sera exposé, avant la messe.  L’inhumation aura lieu au cimetière des Petits Frères de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, à Rivière Froide, Carrefour, juste à côté du local du Foyer Maurice Sixto.  

Père Miguel Jean-Baptiste était considéré comme le prêtre des enfants sans famille, des enfants maltraités et oubliés, particulièrement ceux et celles qui vivent en domesticité.  En 1989, il a fondé le Foyer Maurice Sixto (FMS) pour répondre, disait-il, à la question posée par Maurice Sixto à la fin de l’histoire de Ti Saintaniz où le conteur a demandé « Kilès k ap wè Ti Saintaniz nan gwo liv la»?

Pendant plus de trente ans, le Père Miguel est allé partout en Haïti et à l’étranger, dans des conférences, des concerts, des prédications sur les paroisses et chapelles, pour dénoncer la réalité des enfants en domesticité et rappeler à la société que les enfants ont des droits qu’ils vivent ou non dans leurs familles biologiques.  Voilà pourquoi le slogan qu’il a adopté pour le  FMS est le suivant « Tout timoun se timoun, tout timoun gen menm dwa = Tous les enfants sont des enfants, tous les enfants ont les mêmes droits ».

Dans un pays où de nombreuses familles, surtout du milieu rural,  vivent dans la pauvreté extrême, le Père Miguel a toujours prêché la solidarité envers les enfants.  « Oui à la Solidarité.  Non à la Domesticité », aimait-il répéter.  Il a mené de nombreuses actions pour porter les familles qui hébergent sous leurs toits des enfants issus de familles pauvres, à changer de comportements et à comprendre que le fait de donner à manger à un enfant ne les autorise guère à en faire leur esclave.

Père Miguel croyait en l’éducation comme stratégie pour libérer les enfants de la domesticité.  Dès la fondation du FMS, il a créé une école pour donner accès à une éducation de qualité aux enfants en domesticité et/ou à risque de l’être et il a aidé plusieurs d’entre  eux à apprendre un métier.

Père Miguel a voulu que les enfants qui arrivent au foyer y trouvent un espace de paix, de répit et d’amour pour surmonter les souffrances et traumatismes endurés tous les jours.  Voilà pourquoi, en plus de l’école, il a créé une unité d’accompagnement des enfants et mis en place de nombreuses activités d’appui psychosocial à travers le jeu, la musique, la dance etc.

Le départ du Père Miguel  Jean-Baptiste laissera un grand vide parmi les défenseurs des droits des enfants.  Son travail continuera à travers ses œuvres avec le soutien de tous ceux et celles qui l’ont aimé et appuyé.  (FIN DE TEXTE).

Maltraitance des Enfants

Des enfants accueillis à FMS et des membres du personnel s’expriment sur la violence à l’égard des enfants

La violence à l’égard des enfants, encore appelée maltraitance, est un phénomène social très présent et toléré en Haïti. Elle peut prendre plusieurs formes dont des injures, des tortures, des traitements inhumains, des privations, etc.  Ces formes de maltraitance ont généralement des conséquences désastreuses sur le physique et le psychique de l’enfant. 

Des enfants sont maltraités aussi bien dans les familles biologiques que dans des familles d’accueil.  Plusieurs écoles pratiquent les châtiments corporels.  Le fouet est considéré par les adultes comme un moyen efficace pour sanctionner un enfant, pour l’obliger à obéir, en bref pour le « dompter ». Les institutions qui essaient de changer cette mentalité sont confrontées à de grands obstacles.  Parfois les gens font même référence à la Bible pour justifier l’utilisation de la violence contre les enfants.

Mais pour les enfants en domesticité, la violence fait partie de leur quotidien. Souvent, la violence qu’on leur inflige est beaucoup plus grave que celle subie par des enfants qui vivent sous le même toit qu’eux.   Les enfants en domesticité sont  souvent fouettés, injuriés, mangent et dorment dans des conditions inhumaines, ne vont pas souvent à l’école, sont obligés de faire des corvées qui dépassent leurs forces physiques pour toute la maisonnée.  Les fillettes sont souvent victimes de violence sexuelle et quand elles tombent enceintes elles sont souvent jetées dans la rue.

Malgré l’existence d’une loi contre les châtiments corporels, la grande majorité des familles et de nombreuses écoles continuent de fouetter les enfants.  Au sein de la Police, les dénonciations contre des policiers batteurs sont légion.  La bastonnade ainsi que les autres formes de maltraitance à l’égard des enfants sont des violations des droits des enfants.

Opinion de quelques enfants de  FMS sur la maltraitance, en particulier l’usage du fouet ?

Pour écrire cet article, nous avions conversé avec quelques enfants du Foyer sur le sujet de la maltraitance, notamment l’usage du fouet.  Ils et elles sont tous/toutes très critiques  sur ce sujet.

Isma 13 ans: « J’ai été victime de violence au sein de la famille qui m’a reçue.  La violence me rend nerveuse, parfois, on vous fait du mal parce qu’on n’a pas effectué une tâche alors qu’on a déjà effectué plein d’autres. Pour moi, c’est de la méchanceté”.

Henri 10 ans :   «La  violence doit cesser.  On me traite comme un animal, je ne peux pas me reposer.  Je dois tout le temps effectuer un travail, sinon on va me fouetter,  le plus souvent avec des ceinturons.  Ces traitements me rendent  triste.  A certains moment, j’ai eu envie de laisser la maison».

Molène 16 ans: « Je  pense que la violence physique est la pire forme que la violence peut prendre. Quand on me gifle, je me sens humiliée.  Cela me rend agressive.  J’aurais aimé qu’on me parle plutôt que de me bastonner ».

Marie 17 ans : «Pour moi, la violence, quelle que soit la forme qu’elle prend,  a des impacts négatifs sur mon rendement scolaire et mon comportement. Elle me rend timide, ce qui fait que j’ai toujours peur de poser des questions en salle de classe  même quand je ne comprends  pas. Heureusement ma famille d’accueil, ne pratique plus la bastonnade contre moi, car elle a été sensibilisée sur cette question qui est une violation des droits de l’enfant.  Ma tante pratique de préférence le dialogue avec moi ».

Ces  déclarations permettent de voir l’ampleur de l’impact de la violence sur les enfants.

Opinion des membres du personnel sur la violence à l’égard des enfants

Pour le professeur Johnny, la violence se reproduit en Haïti de génération en génération, et c’est dommage.  Le fait d’exercer la violence sur un enfant est un signe de faiblesse. Pour lui, le dialogue aiderait mieux, car ce serait une approche éducative. Toutefois, il est nécessaire, selon lui,  certaines fois de sanctionner l’enfant.  Il existe, dit-il,  des sanctions non violentes qui sont instructives comme par exemple, donner des tâches à faire à un enfant comme des devoirs à finaliser dans un temps donné.

Quant à la professeure Mirlène, elle pense que la violence qu’elle soit physique ou verbale reste et demeure  un abus grave contre un enfant.  Pour elle, l’enfant qui a été victime de violence a tendance à la reproduire en salle de classe, à la maison, car la violence a conditionné son comportement.

Et, pour frère Colbert, directeur de l’école de FMS, la violence est un acte deshumanisant qui a  des impacts négatifs  sur le comportement des élèves. « Les enfants victimes de violence sont souvent timides,  ne posent pas de questions en salle de classe,  ce qui a une influence négative sur leur performance scolaire. La violence rend l’élève agressif et ce dernier adopte un comportement  distant et passif », a dit le frère directeur.

Ces déclarations nous permettent de comprendre que la violence a des impacts négatifs sur le comportement des enfants. La violence ne contribue pas dans l’éducation  mais, elle est au contraire une forme d’injustice et de violation des droits de l’enfant. Et, un enfant sera toujours bon sans qu’il soit victime de  violence.

Selon les chercheurs, la violence se reproduit sous formes de vengeance, de colère et d’agressivité. Elle met l’enfant dans une sorte d’insécurité affective.  Les enfants victimes de violence sont  remplis de haine et détestent pratiquement tout le monde. Par exemple, lorsqu’un enfant est fouetté et n’est pas en mesure de réagir de peur de prendre une autre bastonnade, sa colère s’abat sur une autre cible soit sur un autre enfant, sur un objet ou sur un animal. John Dollar et al. (1939).

La position de FMS par rapport à l’utilisation du fouet

Au Foyer Maurice Sixto (FMS), l’usage du fouet et de toute forme de violence contre l’enfant est interdit.  Si un membre du personnel est surpris en train d’utiliser le fouet ou autre forme de maltraitance à l’égard d’un enfant, il est sanctionné.  Au cours de l’année 2019,  le FMS a adopté un protocole de protection de l’enfant dont voici un extrait :   

Tout/e collaborateur/rice se doit de ne jamais, dans le cadre de ses activités professionnelles, user de  châtiments corporels, tels que gifles, fessées, mauvais traitements, humiliations ou toute autre pratique portant atteinte à la dignité de l’enfant; entretenir des rapports de violence ou d’exploitation avec des enfants; utiliser un langage ou agir de manière physiquement ou sexuellement provocante et inappropriée; s’engager dans des rapports physiques et/ou sexuels avec des enfants; se livrer à des comportements propres à humilier, rejeter, diminuer ou à dégrader un enfant;  soutenir de manière délibérée ou par indifférence, participer ou organiser des activités dans lesquelles les enfants commettent ou sont sujets d’actes de violence; pratiquer la discrimination en accordant un traitement préférentiel à un enfant, p. ex. par des cadeaux, de l’argent, etc.

Junior JOSEPH : Journaliste/Responsable de sensibilisation aux 30 ans d’existence de FMS.

PS : Les noms utilisés pour les enfants sont des noms d’emprunts pour permettre aux interviewés de garder l’anonymat.

Camp d’été: une forme d’apprentissage pour les enfants à FMS

Après la fermeture de l’année académique, nombreuses sont les activités organisées dans diverses zones d’Haïti, en vue de permettre aux enfants d’occuper positivement leur temps pendant la période des vacances. Pour plus d’un, ces activités revêtent une grande importance car, elles devraient empêcher aux enfants de se livrer à des pratiques malsaines qui peuvent porter atteinte à leur dignité et leur avenir. Depuis 2000, le  FMS entre dans cette dynamique en organisant régulièrement pendant les vacances un camp avec des enfants du foyer mélangés à des enfants du voisinage.

Ce camp d’été est un espace, où sont organisées  des activités ludiques, manuelles, sportives, musicales, ect. pouvant permettre à la communauté, et plus particulièrement aux  enfants, de faire valoir leurs compétences, de développer leurs talents tout en faisant connaissance avec les principes fondamentaux des droits  de l’enfant.

Le camp d’été est un espace pour les enfants dans leur quête d’apprentissage et de socialisation. Car, il met ensemble des enfants vivant en domesticité avec d’autres qui évoluent dans leurs familles biologiques. A travers le camp d’été, le FMS cherche à casser différentes formes d’exclusion existant dans la société haïtienne et à concrétiser sa devise qui est la suivante : « Tous les enfants sont des enfants, tous les enfants ont tous les même droits ». En ce sens, plusieurs résultats sont visés : le développement des talents des enfants, l’augmentation de leur estime de soi, la maitrise de la timidité, le développement des capacités à mieux exprimer ses pensées, le renforcement des capacités d’autonomie et de travail en équipe… Bien sur, tout cela dans une ambiance d’amusement où l’on mange et on se fait des amis.

Les activités du camp d’été 2019

Pour l’année 2019, le camp d’été du FMS, tenu entre le 8 juillet et le 9 aout, ont mis l’accent sur la célébration des 30 ans de FMS. Dans ce cadre, tout en s’amusant, les enfants se sont exercés à apprendre et à produire des objets d’artisanat qui peuvent être exposés et/ou échangés dans les différentes activités prévues pour la commémoration de cet anniversaire.

Photo: calligraphie réalisée  par les enfants du foyer

Durant ce mois, des filles et garçons qui participaient au camp ont préparé des objets en crochet, en macramé et en latanier. Ils se sont également exercés à la calligraphie et à l’art plastique. Ces travaux ont été réalisés en ateliers avec l’appui d’animateurs et animatrices qui ont consenti des efforts et ont pris du plaisir à transmettre aux enfants leurs connaissances.

D’un autre côté, les participants et participantes au camp d’été y ont également appris à développer leurs talents en apprenant à chanter, à déclamer des poésies, des textes, à danser et à jouer au football. Ces exercices leur permettent de se détendre, de renforcer la confiance en soi, d’assumer des responsabilités, de développer l’esprit d’équipe et l’autonomie tout en apprenant des choses pratiques qui peuvent les aider dans la vie de tous les jours et même à gagner un peu d’argent. Le camp d’été forme aussi les enfants du point de vue social, en leur inculquant certaines valeurs fondamentales pour le bien vivre ensemble. Le FMS considère le camp comme un autre espace d’apprentissage où les enfants peuvent s’armer de courage pour affronter la vie qui devient de jour en jour plus difficile en Haïti.

La clôture du camp de 2019

Pour marquer de façon grandiose la clôture de ce camp d’été, de nombreuses activités ont été organisées au local du FMS. D’abord,une  célébration eucharistique au cours de laquelle le Père fondateur Miguel Jean Baptiste a prodigué des conseils aux enfants sur la nécessité de bâtir la communauté, d’avoir une autre vision d’Haïti et de développer de l’intérêt pour la parole de Dieu.Il les a également encouragés à développer le sens d’humanisme et d’empathie pour le bien-être  collectif.

De leur côté, des enfants ont pris la parole, ont fait de l’animation avec des chants qu’ils ont appris lors du camp,  ont fait la lecture de la Parole de Dieu et ont prié et communié ensemble.  Bon nombre d’entre eux ont exprimé leurs satisfactions d’avoir participé au camp qui leur a permis d’acquérir de nouvelles connaissances et vivre ensemble de bons moments. Pour terminer, les enfants, animateurs et animatrices ont pris ensemble un repas dans la même ambiance d’amusement tout en faisant des prises de vue avec l’exposition de leurs travaux réalisés en ateliers.  Les mots de remerciements ont été prononcés par les organisateurs et organisatrices du camp de cette année.

Junior JOSEPH  /Journaliste

Projet Mobilisation et sensibilisation sur la problématique des enfants en domesticité

Aout 2019

La domesticité en Haïti

On estime à 300.000 le nombre d’enfants vivant en domesticité en Haïti.

La plupart des enfants en domesticité sont des filles (plus de 75 % selon quelques enquêtes ponctuelles), mais on retrouve également des garçons. Les enfants placés en domesticité sont pour la plupart des enfants issus de familles vivant en milieu rural. Certains sont orphelins, d’autres sont membres de familles nombreuses, car rares sont les enfants dont les parents ont seulement 1 ou 2 enfants. Les enfants entrent en service à tout âge. Certains n’ont même pas 6 ans lorsqu’ils commencent à travailler comme restavèk.

Le contexte global

Avec une population estimé à plus de 8 millions d’habitants, constituée de plus de 48% d’enfants, la densité de la population est de l’ordre de 290 habitants au Km², et atteint jusqu’à 1480 personnes au Km² en zone urbaine. L’aire métropolitaine de Port-au-Prince abritait quelque 20.7% de la population en 2000, contre 13.4% en 86/87. Cette tendance s’est accélérée au cours des dernières années et aujourd’hui, on estime que plus de 40% de la population vit en milieu urbain. Une bonne partie de la population est venue se loger à la périphérie des villes, dans des conditions infra-humaines et de vulnérabilité extrême.

L’impact de ce processus de paupérisation est très fortement ressenti par les enfants. Or il n’existe pas encore à date une politique nationale de protection de l’enfant en général, et de l’enfant en domesticité en particulier.

En son article 261, la Constitution de 1987 en vigueur stipule que « tout enfant a droit à l’amour, à la compréhension et aux soins moraux et matériels de son père et de sa mère”. Il faut signaler que malgré l’étendue du phénomène de la domesticité, le projet de « code de l’enfant » ne prévoit quasiment aucune disposition pour réguler/sanctionner et/ou transformer cette relation sociale.

Comment devient-on un enfant restavèk?

Les parents qui confient leur enfant à une famille de la ville espèrent que l’enfant aura accès à l’école et qu’il sera convenablement nourri. Ils espèrent que ces enfants connaîtront ainsi une vie meilleure, et qu’ils leur reviendront un jour avec une éducation assez poussée ou une somme d’argent assez importante pour aider toute la famille à mieux vivre. Selon une étude réalisée par Haïti Solidarité International (HSI) il semble que durant ces trente dernières années, ce ne seraient plus les familles des couches aisées qui auraient recours aux services d’enfants domestiques, mais les couches urbaines, elles-mêmes défavorisées et ayant le plus souvent des relations de parenté élargie avec les enfants qui les servent.

Le quotidien d’un enfant en domesticité

L’enfant en domesticité travaille dans un foyer qui n’est pas celui de ses parents. Il accomplit des corvées ménagères (nettoyage, lessive, préparation des repas, garde des enfants…), fait les courses et accomplit toute autre tâche requise par les parents d’accueil, ainsi que les enfants et toute autre personne occupant la maison. Ceci (théoriquement) en échange de la nourriture, des vêtements, soins de santé et éducation. Littéralement, la domesticité, c’est la situation d’une personne employée au service d’une maison.

Les problèmes vécus par les enfants en domesticité

Une fois placés en domesticité, ces enfants font face aux pires déboires. La plupart du temps ils/elles ne sont pas payés et ils/elles sont exploités. Ils ont à leur charge la plus lourde responsabilité de la maisonnée: aller chercher de l’eau, lessiver les sols et les vêtements, en un mot tous les travaux domestiques etc. Cendrillons des bidonvilles, les « restavèk » (« reste-avec »), sont souvent les premiers levés et les derniers couchés.

Mal nourris, maltraités, ils sont battus, injuriés sans raison et ils servent de boucs émissaires aux autres personnes de la maison quand les choses vont mal.