Maltraitance des Enfants

Des enfants accueillis à FMS et des membres du personnel s’expriment sur la violence à l’égard des enfants

La violence à l’égard des enfants, encore appelée maltraitance, est un phénomène social très présent et toléré en Haïti. Elle peut prendre plusieurs formes dont des injures, des tortures, des traitements inhumains, des privations, etc.  Ces formes de maltraitance ont généralement des conséquences désastreuses sur le physique et le psychique de l’enfant. 

Des enfants sont maltraités aussi bien dans les familles biologiques que dans des familles d’accueil.  Plusieurs écoles pratiquent les châtiments corporels.  Le fouet est considéré par les adultes comme un moyen efficace pour sanctionner un enfant, pour l’obliger à obéir, en bref pour le « dompter ». Les institutions qui essaient de changer cette mentalité sont confrontées à de grands obstacles.  Parfois les gens font même référence à la Bible pour justifier l’utilisation de la violence contre les enfants.

Mais pour les enfants en domesticité, la violence fait partie de leur quotidien. Souvent, la violence qu’on leur inflige est beaucoup plus grave que celle subie par des enfants qui vivent sous le même toit qu’eux.   Les enfants en domesticité sont  souvent fouettés, injuriés, mangent et dorment dans des conditions inhumaines, ne vont pas souvent à l’école, sont obligés de faire des corvées qui dépassent leurs forces physiques pour toute la maisonnée.  Les fillettes sont souvent victimes de violence sexuelle et quand elles tombent enceintes elles sont souvent jetées dans la rue.

Malgré l’existence d’une loi contre les châtiments corporels, la grande majorité des familles et de nombreuses écoles continuent de fouetter les enfants.  Au sein de la Police, les dénonciations contre des policiers batteurs sont légion.  La bastonnade ainsi que les autres formes de maltraitance à l’égard des enfants sont des violations des droits des enfants.

Opinion de quelques enfants de  FMS sur la maltraitance, en particulier l’usage du fouet ?

Pour écrire cet article, nous avions conversé avec quelques enfants du Foyer sur le sujet de la maltraitance, notamment l’usage du fouet.  Ils et elles sont tous/toutes très critiques  sur ce sujet.

Isma 13 ans: « J’ai été victime de violence au sein de la famille qui m’a reçue.  La violence me rend nerveuse, parfois, on vous fait du mal parce qu’on n’a pas effectué une tâche alors qu’on a déjà effectué plein d’autres. Pour moi, c’est de la méchanceté”.

Henri 10 ans :   «La  violence doit cesser.  On me traite comme un animal, je ne peux pas me reposer.  Je dois tout le temps effectuer un travail, sinon on va me fouetter,  le plus souvent avec des ceinturons.  Ces traitements me rendent  triste.  A certains moment, j’ai eu envie de laisser la maison».

Molène 16 ans: « Je  pense que la violence physique est la pire forme que la violence peut prendre. Quand on me gifle, je me sens humiliée.  Cela me rend agressive.  J’aurais aimé qu’on me parle plutôt que de me bastonner ».

Marie 17 ans : «Pour moi, la violence, quelle que soit la forme qu’elle prend,  a des impacts négatifs sur mon rendement scolaire et mon comportement. Elle me rend timide, ce qui fait que j’ai toujours peur de poser des questions en salle de classe  même quand je ne comprends  pas. Heureusement ma famille d’accueil, ne pratique plus la bastonnade contre moi, car elle a été sensibilisée sur cette question qui est une violation des droits de l’enfant.  Ma tante pratique de préférence le dialogue avec moi ».

Ces  déclarations permettent de voir l’ampleur de l’impact de la violence sur les enfants.

Opinion des membres du personnel sur la violence à l’égard des enfants

Pour le professeur Johnny, la violence se reproduit en Haïti de génération en génération, et c’est dommage.  Le fait d’exercer la violence sur un enfant est un signe de faiblesse. Pour lui, le dialogue aiderait mieux, car ce serait une approche éducative. Toutefois, il est nécessaire, selon lui,  certaines fois de sanctionner l’enfant.  Il existe, dit-il,  des sanctions non violentes qui sont instructives comme par exemple, donner des tâches à faire à un enfant comme des devoirs à finaliser dans un temps donné.

Quant à la professeure Mirlène, elle pense que la violence qu’elle soit physique ou verbale reste et demeure  un abus grave contre un enfant.  Pour elle, l’enfant qui a été victime de violence a tendance à la reproduire en salle de classe, à la maison, car la violence a conditionné son comportement.

Et, pour frère Colbert, directeur de l’école de FMS, la violence est un acte deshumanisant qui a  des impacts négatifs  sur le comportement des élèves. « Les enfants victimes de violence sont souvent timides,  ne posent pas de questions en salle de classe,  ce qui a une influence négative sur leur performance scolaire. La violence rend l’élève agressif et ce dernier adopte un comportement  distant et passif », a dit le frère directeur.

Ces déclarations nous permettent de comprendre que la violence a des impacts négatifs sur le comportement des enfants. La violence ne contribue pas dans l’éducation  mais, elle est au contraire une forme d’injustice et de violation des droits de l’enfant. Et, un enfant sera toujours bon sans qu’il soit victime de  violence.

Selon les chercheurs, la violence se reproduit sous formes de vengeance, de colère et d’agressivité. Elle met l’enfant dans une sorte d’insécurité affective.  Les enfants victimes de violence sont  remplis de haine et détestent pratiquement tout le monde. Par exemple, lorsqu’un enfant est fouetté et n’est pas en mesure de réagir de peur de prendre une autre bastonnade, sa colère s’abat sur une autre cible soit sur un autre enfant, sur un objet ou sur un animal. John Dollar et al. (1939).

La position de FMS par rapport à l’utilisation du fouet

Au Foyer Maurice Sixto (FMS), l’usage du fouet et de toute forme de violence contre l’enfant est interdit.  Si un membre du personnel est surpris en train d’utiliser le fouet ou autre forme de maltraitance à l’égard d’un enfant, il est sanctionné.  Au cours de l’année 2019,  le FMS a adopté un protocole de protection de l’enfant dont voici un extrait :   

Tout/e collaborateur/rice se doit de ne jamais, dans le cadre de ses activités professionnelles, user de  châtiments corporels, tels que gifles, fessées, mauvais traitements, humiliations ou toute autre pratique portant atteinte à la dignité de l’enfant; entretenir des rapports de violence ou d’exploitation avec des enfants; utiliser un langage ou agir de manière physiquement ou sexuellement provocante et inappropriée; s’engager dans des rapports physiques et/ou sexuels avec des enfants; se livrer à des comportements propres à humilier, rejeter, diminuer ou à dégrader un enfant;  soutenir de manière délibérée ou par indifférence, participer ou organiser des activités dans lesquelles les enfants commettent ou sont sujets d’actes de violence; pratiquer la discrimination en accordant un traitement préférentiel à un enfant, p. ex. par des cadeaux, de l’argent, etc.

Junior JOSEPH : Journaliste/Responsable de sensibilisation aux 30 ans d’existence de FMS.

PS : Les noms utilisés pour les enfants sont des noms d’emprunts pour permettre aux interviewés de garder l’anonymat.

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